La Demeure du Chaos

La Demeure du Chaos (DDC), « une des aventures artistiques les plus fortes du XXIe siècle » selon le New York Times, n’est pas simplement un lieu, c’est aussi et peut-être surtout une expérience, voire même une épreuve, en tout cas une mise à l’épreuve de ce que nous sommes et de ce qu’est le monde contemporain. La Demeure du Chaos s’impose au curieux, au visiteur, à l’adepte et à l’initié comme un labyrinthe entremêlant organiquement dimension esthétique et dimension spirituelle, actualité et traditions, réel et virtuel, local et global, « monde physique et celui des idées » (Thierry Ehrmann). Il y a ce qui se voit mais aussi ce qui ne se voit pas, les faits et le sens, l’histoire et la métahistoire, l’épaisseur, la résistance, l’opacité mais aussi le subtil, le fluide et le lumineux. Il y a la chair vive. Le corps, les affects et l’esprit sont ensembles mobilisés ─ tout au moins pour ceux qui sont disponibles ─ bien avant ─ non seulement aux alentours du site géographique mais aussi déjà en vue du site numérique ─ de pénétrer dans son antre. La Demeure du Chaos est située dans le village de Saint-Romain-au-Mont-d’Or, à proximité de Lyon.

La Demeure du Chaos est hybride, protéiforme et bouscule les normes comme les repères, les espaces physiques comme les espaces mentaux. Elle défait les cloisonnements. Elle est à la fois lieu d’exposition (géré par le Musée de l’Organe, entrée libre et gratuite), résidence d’artistes, laboratoire artistique (sur le modèle de la Factory de Warhol), creuset alchimique (placée sous « l’Esprit de la Salamandre »), foyer d’habitation et siège social du Groupe Serveur (premier en Europe des banques de données sur Internet) ainsi que de sa filiale la plus importante : Artprice (leader mondial de l’information sur le marché de l’art).

Proposition singulière dans le paysage artistique et intellectuel français, la Demeure du Chaos, enfantée le 09/12/1999 par Thierry Ehrmann et animée depuis par lui, est en quelque sorte le témoignage à vif de la rencontre et de l’affrontement de la Salamandre avec le Chaos. La Salamandre, parente ignée du Phénix, représente, d’après Paracelse et Fulcanelli ─ ce dernier est le grand inspirateur, avec son disciple Eugène Canseliet, de Thierry Ehrmann ─ le feu élémentaire et spirituel de la Nature, principe alchimique fondamental. Elle constitue le symbole de la Demeure du Chaos. La Salamandre combat, au travers d’un travail spagyrique de destruction-création et de transmutation, non seulement la noirceur et la confusion du monde contemporain, cet âge babélien ou âge du Kali Yuga, mais aussi celles que chaque être individuel porte en lui. Les armes qu’invente Thierry Ehrmann, adepte de la « voie sèche », ou qu’il trouve à sa disposition pour édifier et activer sa « machine de guerre » qu’est la Demeure du Chaos sont : le réseau Internet, sa communauté d’affinités électives, les œuvres d’art (peintures, sculptures et performances), les traditions sacrées, les symboles, les concepts, les images, les archétypes, les récits, les prophétie. La métoposcopie. L’eschatologie, l’anagogie.

Selon une vision ni optimiste ni pessimiste du cours des choses, nous pouvons voir en ce Chaos ─ à la fois subi et sublimé par l’Œuvre ─ la représentation du solve, d’où sortira (coagula) un ordre et un souffle nouveaux. Toujours selon cette vision alchimique des choses, notre présent peut être conçu comme ce moment transitionnel qu’est l’Œuvre au noir, état par lequel doit passer la civilisation occidentale et ce « XXIe siècle tragique et somptueux » (Ehrmann) pour se régénérer.

Thierry Ehrmann, son fondateur donc, synthétise dans et par sa vie ─ de façon alchimique, selon lui ─ les activités de chef d’entreprise performant et millionnaire, de collectionneur avertit mais aussi de plasticien-sculpteur prolixe et performeur.  Il affirme que son Grand Œuvre qu’est la Demeure du Chaos relève d’une « ambition humaniste » inspirée par la Renaissance européenne et consistant à diffuser la connaissance. Mais de quel humanisme, de quelle conception de l’être humain s’agit-il quand on sait qu’il s’intéresse particulièrement à l’idée de « mutants » et qu’il propose le terme « humanoïté » ? Et à quelle Loi (Thémis) ─ l’autre pôle indispensable face au Chaos ─ obéit cette « ambition » ?

Cette tentative de constitution d’une Œuvre d’art totale à partir de quoi expérimenter le « champ des possibles » et vivre une forme de rédemption, car il s’agit bien ici de cela, est en réalité difficile à décrire car elle implique, de façon très intime et intriquée, le visible et l’invisible. Une chose est sûre, elle ne laisse pas indifférent et peut même parfois, en raison des actes radicaux de « déconstruction » qu’elle met en œuvre (sur l’architecture ─ le site a un aspect post-apocalyptique[1], sur le corps, sur les identités, sur les idées), notamment au cours des performances qui sont réalisées ─ proches pour certaines des gestes de l’Actionnisme viennois, heurter et choquer les sensibilités et les convictions[2].

Work in progress…

http://www.demeureduchaos.org (site officiel)

– Fulcanelli :

  • Le Mystère des Cathédrales et l’interprétation ésotérique des symboles hermétiques du Grand-Œuvre. Préface de E. Canseliet, F. C. H. Ouvrage illustré de 36 planches d’après les dessins de Julien Champagne, Paris, Jean Schemit, 1926, in-8, 150 p. Dernière réédition : Société nouvelle des Éditions Pauvert, Paris, 2002, 250 p.
  • Les Demeures philosophales et le Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’art sacré et l’ésotérisme du Grand-Œuvre. Préface de Eugène Canseliet, F. C. H. Ouvrage illustré de 40 planches, d’après les dessins de Julien Champagne, Paris, Jean Schemit, 1930. (22 novembre.), In-8, XI-351 p. [1823]. Dernière réédition : Société nouvelle des Éditions Pauvert, Paris, 2001, 2 volumes (470 et 390 p.).

[1] La transformation progressive des bâtiments de la demeure initiale, ancien relais de poste établi sur les ruines d’un temple protestant, conséquemment à 10 ans d’interventions artistiques vaut à Thierry Ehrmann et au Musée de l’Organe d’être poursuivis en justice pour non respect des normes urbaines et architecturales. L’affaire n’est pas encore réglée. Voir le site.

[2] Chaque « Borderline Biennal » est réservée à un public adulte et averti.